Source: gavroche-thailande.com
le 01/03/2011

Avec une moyenne de 900 films par an, l’Inde est le plus gros producteur au monde. De plus en plus de fictions bollywoodiennes sont tournées sur les plages du Golfe de Siam. Dilbir Singh Saini (alias Bob), l’homme par qui les tournages arrivent en Thaïlande, est basé à Pattaya, et il ne s’en cache pas.
Non loin de Third Road, Pattaya Klang, difficile de le rater : le restaurant Spices-2 étale sa devanture sur une vingtaine de mètres et peut recevoir plus de 400 convives. A l’intérieur, les murs sont couverts de centaines de posters de films indiens. Bob affiche la couleur. Mais c’est à quelques pas de là qu’il vous reçoit de façon fort débonnaire, dans ses bureaux de l’Indo Bangkok Company Limited. Sa vie est une success story sauce curry digne d’être portée à l’écran.
Arrivé ici il y a 16 ans avec 100 dollars en poche, il est maintenant à la tête d’une société employant des dizaines de personnes, gérant, entre autres, trois restaurants et toute la logistique pour recevoir les équipes de cinéma. Comme il l’explique en souriant, le lien entre les deux est tout simplement vital, pour ne pas dire viscéral. Dès le départ, il s’était lancé dans la restauration, sachant que pour ses compatriotes (de plus en plus nombreux à venir séjourner en Thaïlande), pouvoir trouver de la cuisine indienne à l’étranger est une nécessité absolue. Question d’habitude alimentaire et de pratique religieuse, qu’ils soient hindous, sikhs ou musulmans. Il a ensuite pressenti le potentiel que représentait l’industrie du cinéma indien en terre de Siam. Ayant déjà créé toute une structure d’accueil, d’hébergement et de transport, il ne lui restait plus qu’à se faire connaître des Grands Moghols de la pellicule. Avec un naturel déconcertant, il avoue avoir organisé cent, peut-être cent-cinquante tournages, depuis sept ou huit ans. « Je ne compte plus, ça va trop vite », dit-il en riant. Neuf films sur dix sont tournés entre Bangkok et Pattaya, les autres à Phuket.
Pourquoi les Indiens viennent-ils tourner en Thaïlande ?
D’abord, les sites magnifiques et le rapport qualité-prix très motivant. Ne serait-ce que pour un simple clip vidéo, une chanson coûte le triple en Inde. Une fois ici, les équipes (forcément plus réduites)sont concentrées sur le travail et donc plus efficaces. A Madras ou Goa, là où il faut cent techniciens, sur les rives du Chao Phraya une trentaine suffira amplement, réduisant ainsi les coûts de production.
En Inde, tourner en extérieur avec de grandes stars pose problème : les foules s’agglutinent. Ici, personne ne fait attention, et le tournage se déroule en toute tranquillité. Bob reconnaît avoir quelques difficultés avec l’administration thaïlandaise, mais tout finit par s’arranger. Les professionnels du spectacle obtiennent un permis de travail temporaire, prévu par la loi. Et parfois, au lieu d’attendre plusieurs jours l’autorisation de tourner sur tel ou tel site, le plus simple est d’affréter deux ou trois bus sans rien demander à personne et de partir en extérieur, comme des touristes... Nous avons pu assister à quelques scènes d’un tournage de film tamoul, dans le cadre d’une somptueuse villa louée pour l’occasion, au bout de la Siam Country Club Road. Que du glamour. Cela pourrait très bien se passer en Inde puisque le climat et la végétation sont identiques. Selon le producteur exécutif, le budget du film est de cinq millions de dollars.
A Pattaya, Bob est devenu incontournable.
Pour Bob, c’est la routine. Ce jeune quadra né à Hyderabad parle donc télougou, mais aussi pendjabi (comme tous les Sikhs),hindi, anglais et thaï. Il a régulièrement affaire aux gros centres de production de films indiens, non seulement Bollywood, mais aussi Kollywood (contraction de Kodambakkam, près de Chennaï, ex-Madras, et Hollywood), Kolkatta-Calcutta, Bangalore, Karnataka, Orissa…Son bureau est une ruche, avec une dizaine de collaborateurs, dont sa propre sœur, scotchés devant leur écran d’ordinateur et pendus au téléphone. Son portable sonne en permanence. Faudra s’y faire : à Pattaya, Bob est devenu incontournable.