Je me permet de faire un copié/collé complet d'un article réservé aux seuls abonnés du journal Le Temps qui correspond en tout point à mon ressenti sur la gestion du covid par nos dirigeants :
https://www.letemps.ch/economie/didier- ... ns-covid19
Physicien de formation, Didier Sornette est l’un des plus grands spécialistes de la gestion du risque. Que les actions plongent ou des centrales nucléaires subissent un accident, c’est vers le cofondateur du Risk Center de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich que les regards se portent. Auteur de nombreux ouvrages, tant sur les risques financiers que sur l’énergie, il est aussi le premier, en 2019, à avoir créé un institut joint entre l’EPFZ et une université chinoise (SUSTech à Shenzhen). Scientifique, son analyse tente de s'abstraire des biais politiques. Durant la pandémie, il s’est fait le défenseur du modèle suédois. Il revient sur la gestion de la crise du Covid, sur le besoin de hiérarchiser les risques et d’investir dans la recherche.
Le Temps: Quelle est la principale leçon de la pandémie?
Didier Sornette: Le Covid-19 a révélé que la société moderne voulait un risque zéro. A ma plus grande surprise, les gouvernements ont pris des mesures exagérées face à un virus certes méchant mais qui conduira probablement à une mortalité normale en 2020. Le risque zéro reflète une société en train de mourir. Les vieux n’aiment pas les risques. Ce sont les jeunes qui prennent des risques et veulent changer la société.
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Et si l’on n’avait pas pris ces mesures?
Nous avons quantifié le nombre de vies sauvées par le niveau de sévérité. Le gain de vies n’est que de 50 à 100 personnes par million en renforçant le degré de confinement de celui de la Suède à celui de la France. Toute vie est précieuse, mais un décideur doit faire des arbitrages et mettre un coût à la vie. En Angleterre, toute intervention hospitalière qui coûte plus de 36 000 francs par an est jugée injustifiable par les autorités.
Le prix de la vie n’est-il pas en hausse depuis des décennies?
Oui, aux Etats-Unis la vie vaudrait entre 6 et 10 millions de dollars, selon les études. Celle de l’enfant n’est pas celle d’un vieillard, si bien qu’il faut faire intervenir la qualité de la vie.
Il est délicat de parler de coût/bénéfice avec la vie. Nous proposons de comparer le nombre de vies protégées avec celui des vies perdues afin de rendre le problème éthique. Les réponses à la pandémie se traduisent par un coût sur l’emploi, lequel provoque des souffrances, des dépressions, des suicides, et par la possible perturbation des chaînes d’approvisionnement alimentaire pour 48 pays qui ont besoin de l’aide internationale. Cette rupture de transferts des pays riches aux pays pauvres pourrait entraîner la mort de 200 000 à 300 000 personnes par jour, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cela pour sauver quelques milliers ou dizaines de milliers de personnes à l’Ouest sur un an.
Quel regard porte un chercheur sur le Covid-19, qui s’est ajouté aux autres risques sanitaires, économiques et politiques?
Le Covid-19 accentue une incertitude déjà présente. Avant la pandémie, nous étions trop persuadés par nos prévisions et nos connaissances. Or la vie, c’est le risque et le risque, c’est la vie. Je définis le risque par la sévérité et la probabilité des pertes, et l’incertitude par l’impossibilité de les quantifier.
Est-ce un problème pour chacun de nous?
Beaucoup d’événements sont incertains. Personne ne connaît la probabilité des gains à long terme d’un mariage, d’un emploi, d’un lieu de résidence. Chacun introduit des critères de choix approximatifs et des calculs de coûts et bénéfices. Les principales décisions de notre vie sont prises dans l’incertain.
Qu’est-ce qui vous a choqué?
J’ai été choqué par le fait que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) avait préparé un plan de pandémie très bien ficelé en 2018 et que le Conseil fédéral n’a pas du tout fait ce qu’il y était décrit. Ce fut encore pire en France et aux Etats-Unis. La pandémie n’était en rien une surprise, ou un «cygne noir» (événement improbable à très fort impact). Elle était considérée comme le risque numéro un au World Economic Forum et lors des rencontres d’académiciens. En réalité, les décisions des politiciens ont été influencées par des modèles faits à la va-vite et qui ont fait peur à tous. Les médias, en tant que marchands de peur et d’attention, ont joué un rôle extrêmement négatif, renforcé par les réseaux sociaux. La mort d’une mignonne petite fille était triste mais en termes statistiques, l’événement était exceptionnel. On a donné l’impression que tout le monde pouvait mourir. Or le risque de pathologie sérieuse est très faible pour la plupart d’entre nous.
La société s’est concentrée donc sur une seule dimension. Il ne faut pas seulement écouter les épidémiologistes – certes excellents – car leur travail se limite à une seule dimension.
En mars 2020: Face au virus, des statistiques suisses à la peine
La crise vous a-t-elle révélé un autre aspect de la société?
Les réseaux sociaux amplifient considérablement l’universalité de l’événement et l’exagération de la réponse. Mieux vaudrait prendre l’approche de l’allocation du portefeuille d’un investisseur qui intègre tous les risques. Chaque jour, 180 personnes meurent en Suisse habituellement. Les décès dus à la pollution sont plus nombreux que ceux provoqués par le Covid-19. Or on n’arrête pas l’économie à cause de la pollution. Le livre blanc de l’OFSP écrivait noir sur blanc que le confinement ne fonctionne pas, sauf s’il est décidé dès les premiers cas, la première semaine. Les politiques ont voulu uniquement éviter les risques juridiques, à mon avis, et répondre aux peurs collectives. Le confinement est une réponse médiévale.
Le risque climatique profite-t-il de la pandémie?
Certains disent que la pandémie contribue à plus que trente ans de mesures comme l’organisation de la COP21. Alors arrêtons l’économie et ne consommons plus rien. Ce raisonnement est totalement aberrant.
Est-ce que vous ne regrettez pas d'avoir applaudi l’approche systémique de la Suède, alors que les statistiques des infections sont défavorables?
Il est encore trop tôt pour conclure à propos de la Suède. A court terme, certes le nombre d’infections est plus élevé, mais en termes d’immunité de groupe il faut attendre. En épidémiologie, c’est déjà le cinquième coronavirus qui coexiste avec l’homme. Celui-ci est moins terrible que d’autres. A la fin, l’humanité coexistera en vertu de l’immunité de groupe.
Autre aberration, on a pris d’emblée l’hypothèse extrême, celle de croire que personne n’est immunisé. Mais aucun virus n’émerge de nulle part. Entre la moitié et 80% des gens sont déjà pré-immunisés, d’après des études sérieuses. Il faut donc s’abstenir de n’utiliser qu’un seul critère.
La priorité a longtemps été économique, puis sociale, climatique et dorénavant sanitaire. Comment comprendre ce déclin de l’économique?
Il y a un manque de compréhension du fonctionnement des rapports entre l’humain et la Terre. Face aux risques, il faut hiérarchiser les priorités et les risques. Mes craintes proviennent de la primauté de questions politiques et de gesticulations destinées à montrer la justesse de sa propre action, sans confirmation scientifique. On vit dans l’instantané, à l’image de la chaîne d’approvisionnement et de sa vulnérabilité. Pour être résilient, il faut de la redondance. L’optimisation est à l’opposé de la résilience.
Quels objectifs sont prioritaires?
Les inégalités sociales peuvent en faire partie, ainsi que la transition énergétique, laquelle est parfois comprise comme un objectif de décroissance. Mais face aux deux milliards d’individus en situation d’extrême pauvreté, est-ce éthique de choisir la décroissance? Non, car 85% de l’humanité a besoin de croître pour vivre une vie raisonnablement harmonieuse